• Près de la mer, sur un de ces rivages
    Où chaque année, avec les doux zéphyrs,
    On voit passer les abeilles volages
    Qui, bien souvent, n’apportent que soupirs,
    Nul ne pouvait résister à leurs charmes,
    Nul ne pouvait braver ces yeux vainqueurs
    Qui font couler partout beaucoup de larmes
    Et qui partout prennent beaucoup de coeurs.
    Quelqu’un pourtant se riait de leurs chaînes,
    Son seul amour, c’était la liberté,
    Il méprisait l’Amour et la Beauté.
    Tantôt, debout sur un roc solitaire,
    Il se penchait sur les flots écumeux
    Et sa pensée, abandonnant la terre
    Semblait percer les mystères des cieux.
    Tantôt, courant sur l’arène marine,
    Il poursuivait les grands oiseaux de mer,
    Imaginant sentir dans sa poitrine
    La Liberté pénétrer avec l’air.
    Et puis le soir, au moment où la lune
    Traînait sur l’eau l’ombre des grands rochers,
    Il voyait à travers la nuit brune
    Deux yeux amis sur sa face attachés.
    Quand il passait près des salles de danse,
    Qu’il entendait l’orchestre résonner,
    Et, sous les pieds qui frappaient en cadence
    Quand il sentait la terre frissonner
    Il se disait: Que le monde est frivole!”
    Qu’avez-vous fait de votre liberté!
    Ce n’est pour vous qu’une vaine parole,
    Hommes sans coeur, vous êtes sans fierté!
    Pourtant un jour, il y porta ses pas
    Ce qu’il y vit, je ne le saurais dire
    Mais sur les monts il ne retourna pas.

    Étretat, 1867

    Guy de Maupassant, Poésie Diverses

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    le défi de khanel

    Couleurs

     

    Au-dessus de Paris
    la lune est violette.
    Elle devient jaune
    dans les villes mortes.
    Il y a une lune verte
    dans toutes les légendes.
    Lune de toile d’araignée
    et de verrière brisée,
    et par-dessus les déserts
    elle est profonde et sanglante.

     

    Mais la lune blanche,
    la seule vraie lune,
    brille sur les calmes
    cimetières de villages.

    Federico Garcia Lorca

     

     

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  • Cet amour

     

     


    Cet amour
    Si violent
    Si fragile
    Si tendre
    Si désespéré
    Cet amour
    Beau comme le jour
    Et mauvais comme le temps
    Quand le temps est mauvais
    Cet amour si vrai
    Cet amour si beau
    Si heureux
    Si joyeux
    Et si dérisoire
    Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
    Et si sûr de lui
    Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
    Cet amour qui faisait peur aux autres
    Qui les faisait parler
    Qui les faisait blêmir
    Cet amour guetté
    Parce que nous le guettions
    Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
    Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
    Cet amour tout entier
    Si vivant encore
    Et tout ensoleillé
    C’est le tien
    C’est le mien
    Celui qui a été
    Cette chose toujours nouvelle
    Et qui n’a pas changé
    Aussi vrai qu’une plante
    Aussi tremblante qu’un oiseau
    Aussi chaude aussi vivant que l’été
    Nous pouvons tous les deux
    Aller et revenir
    Nous pouvons oublier
    Et puis nous rendormir
    Nous réveiller souffrir vieillir
    Nous endormir encore
    Rêver à la mort,
    Nous éveiller sourire et rire
    Et rajeunir
    Notre amour reste là
    Têtu comme une bourrique
    Vivant comme le désir
    Cruel comme la mémoire
    Bête comme les regrets
    Tendre comme le souvenir

    Froid comme le marbre
    Beau comme le jour
    Fragile comme un enfant
    Il nous regarde en souriant
    Et il nous parle sans rien dire
    Et moi je l’écoute en tremblant
    Et je crie
    Je crie pour toi
    Je crie pour moi
    Je te supplie
    Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
    Et qui se sont aimés
    Oui je lui crie
    Pour toi pour moi et pour tous les autres
    Que je ne connais pas
    Reste là
    Lá où tu es
    Lá où tu étais autrefois
    Reste là
    Ne bouge pas
    Ne t’en va pas
    Nous qui nous sommes aimés
    Nous t’avons oublié
    Toi ne nous oublie pas
    Nous n’avions que toi sur la terre
    Ne nous laisse pas devenir froids
    Beaucoup plus loin toujours
    Et n’importe où
    Donne-nous signe de vie
    Beaucoup plus tard au coin d’un bois
    Dans la forêt de la mémoire
    Surgis soudain
    Tends-nous la main
    Et sauve-nous.

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    cadeau : nouveau cluster carnaval

     

     

     

    A la mi-carême

     

     

     

    Le carnaval s’en va, les roses vont éclore ;
    Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon.
    Cependant du plaisir la frileuse saison
    Sous ses grelots légers rit et voltige encore,
    Tandis que, soulevant les voiles de l’aurore,
    Le Printemps inquiet paraît à l’horizon.

     

     

     

    Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire ;
    Bien que le laboureur le craigne justement,
    L’univers y renaît ; il est vrai que le vent,
    La pluie et le soleil s’y disputent l’empire.
    Qu’y faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;
    C’est sa première larme et son premier sourire.

     

     

     

    C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir
    L’anémone sauvage aux corolles tremblantes.
    Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ;
    Et du fond des boudoirs les belles indolentes,
    Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,
    Sous les vieux marronniers commencent à venir.

     

     

     

    C’est alors que les bals, plus joyeux et plus rares,
    Prolongent plus longtemps leurs dernières fanfares ;
    À ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur ;
    La valseuse se livre avec plus de langueur :
    Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares,
    La lassitude enivre, et l’amour vient au coeur.

     

     

     

    S’il est vrai qu’ici-bas l’adieu de ce qu’on aime
    Soit un si doux chagrin qu’on en voudrait mourir,
    C’est dans le mois de mars, c’est à la mi-carême,
    Qu’au sortir d’un souper un enfant du plaisir
    Sur la valse et l’amour devrait faire un poème,
    Et saluer gaiement ses dieux prêts à partir.

     

     

     

    Mais qui saura chanter tes pas pleins d’harmonie,
    Et tes secrets divins, du vulgaire ignorés,
    Belle Nymphe allemande aux brodequins dorés ?
    Ô Muse de la valse ! ô fleur de poésie !
    Où sont, de notre temps, les buveurs d’ambroisie
    Dignes de s’étourdir dans tes bras adorés ?

     

     

     

    Quand, sur le Cithéron, la Bacchanale antique
    Des filles de Cadmus dénouait les cheveux,
    On laissait la beauté danser devant les dieux ;
    Et si quelque profane, au son de la musique,
    S’élançait dans les choeurs, la prêtresse impudique
    De son thyrse de fer frappait l’audacieux.

     

     

     

    Il n’en est pas ainsi dans nos fêtes grossières ;
    Les vierges aujourd’hui se montrent moins sévères,
    Et se laissent toucher sans grâce et sans fierté.
    Nous ouvrons à qui veut nos quadrilles vulgaires ;
    Nous perdons le respect qu’on doit à la beauté,
    Et nos plaisirs bruyants font fuir la volupté.

     

     

     

    Tant que régna chez nous le menuet gothique,
    D’observer la mesure on se souvint encor.
    Nos pères la gardaient aux jours de thermidor,
    Lorsqu’au bruit des canons dansait la République,
    Lorsque la Tallien, soulevant sa tunique,
    Faisait de ses pieds nus claquer les anneaux d’or.

     

     

     

    Autres temps, autres moeurs ; le rythme et la cadence
    Ont suivi les hasards et la commune loi.
    Pendant que l’univers, ligué contre la France,
    S’épuisait de fatigue à lui donner un roi,
    La valse d’un coup d’aile a détrôné la danse.
    Si quelqu’un s’en est plaint, certes, ce n’est pas moi.

     

     

     

    Je voudrais seulement, puisqu’elle est notre hôtesse,
    Qu’on sût mieux honorer cette jeune déesse.
    Je voudrais qu’à sa voix on pût régler nos pas,
    Ne pas voir profaner une si douce ivresse,
    Froisser d’un si beau sein les contours délicats,
    Et le premier venu l’emporter dans ses bras.

     

     

     

    C’est notre barbarie et notre indifférence
    Qu’il nous faut accuser ; notre esprit inconstant
    Se prend de fantaisie et vit de changement ;
    Mais le désordre même a besoin d’élégance ;
    Et je voudrais du moins qu’une duchesse, en France,
    Sût valser aussi bien qu’un bouvier allemand.

    Alfred de Musset

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